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La pêche à la mouche est pour moi plus qu'une passion... J'essaierai de vous faire partager ces moments particuliers et toujours forts en émotions, passés au bord des rivières: joie, frustration, émerveillement... en espèrant que vous y preniez plaisir! Relâchez vos Rêves!

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Tennessee: songes de journées d'été

 

LPR7

Great Smoky Mountains, Tennessee

 

Au Programme de la réunion familiale était prévu un week-end dans la ville de Gatlinburg, dans le sud du Tennessee. Je n’avais évidemment jamais entendu parler de cette région des Etats Unis. Je m’en remettais donc à internet pour combler mon ignorance.

Gatlinburg se situe dans le Parc National des Great Smoky Mountains, massif faisant partie des Apalaches. La région est réputée dans l’Est pour sa beauté, ses ours noirs et ses rivières…

450px-Great-smoky-mountains-area-map.jpg

En posant la question à quelque contact US, j’eus cette réponse : « Vas sur Google map… toutes les lignes bleues sont des ruisseaux regorgeants de petites truites. Prends n’importe quelle ligne bleue en t’éloignant le plus possible des villes. Tu ne seras pas déçu ! »

Après 12 heures de route le mercredi, du Connecticut à la Caroline du Nord, nous avalons encore 4 heures de bitume le vendredi pour rejoindre le Tennessee. C’est grand les USA !

great_smoky_mountains_national_park.jpg

Dès notre arrivée dans la ville, je pars à pied sous le soleil de plomb pour trouver le flyshop où j’ai pré-loué une canne. L’accueil est très chaleureux. Le magasin est tout en bois, avec l’esthétique surannée typique des échoppes qui ont vu passer beaucoup de pêcheurs. Le couple de propriétaires a les cheveux blancs et l’accent épais du sud des Etats Unis. L’homme mange la moitié des mots, mais me conseille précisément et avec grande gentillesse. Pour la canne, il m’oriente vers une Redington Redline en 8’. « Elle est très bien pour les ruisseaux d’ici et presque 2 fois moins chère à la location qu’une Sage. », me dit-il en me tendant le fouet.  Au rayon des mouches, il me guide vers de petites fourmis rouges ou noires. Les crickets sont de saison. Et sinon, il insiste sur la nécessité d’utiliser du jaune. Il sort quelques curieux modèles de caddis jaunes au cul orange. Puis vient la question des parcours : j’avais besoin de précisions. Il étale une carte de la zone et de son crayon me marque précisément quelles parties pêcher pour trouver chaque espèce de poissons.

En effet, on trouve 3 souches de truites dans ces montagnes. 2 introduites il y’a très longtemps et « ensauvagées » depuis : les arcs-en-ciel et les farios. Les brookies, elles, sont originellement natives des montagnes.

Avant de partir, le couple me prévient : le mois d’aôut n’est pas très bon pour la pêche. Il fait très chaud et cela réduit l’activité des poissons.

         Après quelques bières pour supporter la lourde et moite chaleur de la journée, je me penche un peu plus sur la carte. Je choisis une zone qui a l’avantage d’abriter les 3 souches de truites. A l’aval les brownies, puis les arcs et au plus amont les brookies.

         Le réveil sonne bien avant l’aube et je me dirige vers la West Prong Little Pigeon River, en essayant de remonter le plus amont possible. Le jour pointe à peine son nez quand je sors de l’hôtel.

Gatlinburg est une drôle de bourgade. Perdue au milieu de ces vieilles montagnes, c’est une ville assez touristique. La région offre d’ailleurs de nombreuses activités. Le long d’une grande rue principale s’agglutinent restaurants, boutiques et un grand panel d’activités. A partir de 11 heures, la rue fourmille de touristes, essentiellement américains. Le tout dans une ambiance décontractée, qui m’a agréablement surpris.

great-smoky-mountains-national-park.jpgMais à cette heure matinale, la ville est calme. Et, très vite, le bout de la rue principale m’emmène vers les montagnes et les immenses forêts. Les ruisseaux sont innombrables, sortant de nulle part. Parfois, un chemin de terre s’étire et se perd le long d’un cours d’eau. C’est l’un de ces chemins que j’emprunte. En m’enfonçant dans la forêt, il me semble franchir une frontière invisible. Ces montagnes dégagent une grande quiétude. La lumière naissante du jour peine à traverser l’épaisse frondaison. A peine ai-je mis les pieds hors de la voiture que je sens l’atmosphère spéciale des lieux. Si la température est relativement fraîche, on sent déjà remonter du sol la chaleur accumulée les jours passés. L’air semble avoir un peu épaissit. 

Avant d’arriver sur la rivière, je croise des panneaux conseillant la plus vive attention : les ours noirs sont très nombreux dans la forêt.

         J’atteins enfin les berges convoitées. Le décor est superbe. Une étroite langue d’eau semble descendre de la montagne en traçant son lit au couteau dans la forêt. De nombreux blocs de toutes tailles jonchent les courants, donnant un caractère rapide et turbulent au cours d’eau. Seuls quelques oiseaux et la musique de la rivière qui coule brisent le silence. J’ai l’impression d’être un peu embrumé, comme au seuil d’un songe. LPR

         J’attaque par une zone un peu moins agitée, aux courants un peu plus longs. L’eau est claire, mais les monts et les arbres ne laissent pas encore le soleil éclairer le ruisseau. La visibilité est moyenne et donne, là encore, un caractère un peu spécial au parcours. Quelques truites sont déjà réveillées et gobent irrégulièrement à la sortie d’une accélération. J’essaye de rester loin et d’allonger de la soie par réflexe. J’ai l’habitude des longues dérives et des courants lents. Ce manque d’analyse me vaut de caler les poissons actifs. Il me faut vite comprendre qu’il ne faut pas sortir trop de soie ici.

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Je monte donc un peu sur une zone de vasques et d’eaux filantes entre les blocs. J’ai du mal à m’adapter à cette pêche d’eaux rapides. Multiplier les lancers, les dérives ultra courtes, le contrôle au plus juste de la soie dehors… D’autant que les truites ne montent pas. Il y a maintenant pas mal de temps que je n’ai vu un gobage.

         J’aperçois amont deux pêcheurs cow-boys aux chapeaux typiques. L’image fait tellement carte postale… Ici mon chapeau fait couleur locale. Ils pêchent en nymphe, d’amont en aval. J’essaie à mon tour, mais toujours en pêchant vers l’amont. Je fais deux petites arcs pleines de combativité. Ici les truites sont petites, mais les courants forts les tiennent bien en forme. J’aperçois de nombreux poissons dans les grandes vasques claires. Mais ils ne se laissent pas berner facilement. LPR Cowboys

         Vers la fin de matinée, je repasse en sèche, alternant la mouche jaune et une sauterelle. Les truites montent … mais si vite ! Les ferrages dans le vide s’enchaînent. Une bonne vingtaine au total. J’arrive quand même à toucher quelques petites arcs bien colorées.

Trout-LPR.jpg

Le soleil est presque au zénith et il illumine maintenant le ruisseau. Les couleurs explosent et par la même la beauté des lieux. Des papillons énormes volent en tous sens, les guêpes et autres insectes sont nombreux aussi. La végétation distille dans l’air de nombreux parfums. Tout est si calme et paisible ! Comme tout semble « en place » ici…

         Vers 13h, avant de repartir (famille oblige), je reviens sur le « lisse » du départ. Je m’approche façon sioux d’une bordure prometteuse. Je pose soigneusement ma sauterelle le long d’une longue pierre creuse. Une très belle truite de plus de 25 cm jailli de sa cachette pour la prendre. Elle va si vite qu’elle a recraché avant même que j’ai fini de ferrer. Grrrr… Je ne me laisse pas abattre, je représente délicatement. La truite réapparaît aussitôt mais cette fois stoppe 2 cm en dessous de mon imitation. Tout en se laissant dériver sous la mouche, elle l’inspecte en détails. Puis, elle file sous son abri d’où elle ne sortira plus. Je ris devant ce spectacle. Ces truites si brutes et malignes sont tellement fascinantes.

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         La matinée est finalement assez bizarre. La pêche a été compliquée malgré les nombreuses petites torpilles zébrées. Mais, je manque tellement de pratique sur ce type d’eaux turbulentes. Ca ne s’improvise pas. Malgré tout, les quelques poissons pris m’ont permis de me faire vraiment plaisir. Et ces truites sont vraiment jolies.

LPR6

         

            J’ai, par contre, été plus que séduit par le décor. Cette eau sautant de vasque en vasque, ces arbres tombants , les rayons du soleil taillant leur chemin au travers des feuillages… Une atmosphère spéciale se dégage des lieux.

         J’ai toute la journée eu cette drôle d’impression d’être au ralenti, d’être entre-deux… Sur le chemin du retour, je me dis que la sortie du lendemain devra se faire encore plus amont. Il me faut avancer encore plus loin dans la forêt, pour réellement être baigné de l’atmosphère particulière de ces montagnes.

         J’ai déjà hâte d’être à demain, pour plonger plus profond dans le songe que j’ai commencé aujourd’hui.

 Butterflies

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