La pêche à la mouche est pour moi plus qu'une passion... J'essaierai de vous faire partager ces moments particuliers et toujours forts en émotions, passés au bord des rivières: joie, frustration, émerveillement... en espèrant que vous y preniez plaisir! Relâchez vos Rêves!
Sur la proposition de JB, je me rendais sur une rivière très difficile. Nous avions rendez-vous sur un secteur un peu moins fréquenté qu’à l’aval. Un mois que je n’avais pas vu une 1ère catégorie. Sur la route, les questions se bousculent. Comment sera la rivière ? Allais-je enfin être moins stressé et pouvoir reprendre du plaisir à la pêche ? J’en doutais car sur cette rivière, j’emmène toujours un chat noir dans mes waders.
En découvrant 5 pêcheurs sur le coin tranquille, mon enthousiasme (déjà fébrile) disparaît quasiment. Mais au moins ces pêcheurs venus de loin sont-ils polis et sympathiques. Ce que qui devient assez rare…
JB arrive et me traîne jusqu’à un autre secteur. Nous y sommes vraiment tranquilles cette fois. Dès notre arrivée, il repère un joli poisson dans une rivière « gonflée » et piquée par les pluies. Il me force presque à l’attaquer. La confiance acquise lors de ma très belle saison dernière, a complètement disparue. Et tous mes gestes sont hésitants. Mais JB est resté planté là, derrière, et me guide pas à pas. Malgré ma discrétion, la truite fini par s’enfuir et j’enrage déjà, lâchant même une flopée de jurons. Ca commence bien !...
Mais de jolis gobages percent discrètement la bordure plus en aval. « Emergentes » pensons-nous en même temps. JB me laisse à nouveau la primeur du coup et me prodigue consciencieusement ses conseils. Il est visiblement bien décidé à me faire prendre du poisson aujourd’hui. Sans doute a-t-il un peu pitié de moi et de mon début de saison. :o)
Après une approche minutieuse, j’enchaîne une ou deux dérives.
« Attention à ton ferrage… tranquille. » me dit JB. Le ferrage a toujours été mon problème et cette saison c’est pire ! Ah si je réussissais ne serait-ce qu’un ferrage sur 2…
Mon émergente de sedge descend gentiment jusqu’au poste de la gobeuse et disparaît. Je ferre tranquillement.
Pendue ! C’est un petit poisson pour la rivière. Mais dès que je la sens au bout, un poids s’envole laissant place au plaisir déjà oublié des bons coups de ligne. Le vaillant combat de la
zébrée me redonne le sourire. 27 ou 28 cm, elle est modeste. Mais, je ne m’en soucis guère. J’ai déjà le sourire aux lèvres.
« Bon j’ai rempli mon objectif, fais moi une bise. », lance JB souriant lui aussi. Aussitôt dit…
Le compagnon descend voir ce qui se passe plus aval. Je reste remettre de l’ordre dans mon bas de ligne et fumer la cigarette d’après la prise. Alors que je savoure ce plaisir simple de prendre un poisson à la pêche, une gobeuse s’active en amont. Même forme de gobage, je fais donc la même déduction : émergente de sedge. Encore un ferrage serein et un poisson de 25 ramené. Il n’y a pas de quoi jubiler, mais ces 2 poissons me font oublier les ratés et le stress du début de saison. Le plaisir et la sérénité reviennent…
Un peu plus tard, JB lui aussi fait un joli poisson combatif en sèche. 20 mètres en dessous de lui, j’admire cette jolie scène, sortie de ces belles vidéos… Un coup d’école.
Nous explorons de ci de là, et en peignant un courant en nymphe, je décroche une belle de 40 cm, si combative qu’il ne lui faut pas 10 secondes pour me fausser compagnie.
JB lui convainc une 45 en sèche. Mais elle aussi file à l’anglaise. Avant de partir du secteur, quelques poissons gobeurs nous résistent. Secteur plus tranquille ou pas, les poissons d’ici connaissent la musique.
Je me laisse convaincre d’aller aborder le coup du soir sur un secteur plus aval. C’est le plus connu, où les truites sont les plus éduquées. C’est le secteur où je suis maudit : casses, décrochés, ferrages dans le vide et tant de truites fuyardes !
A notre grande surprise, nous sommes absolument seuls. La température est tombée et nous n’espérons donc pas une énorme éclosion. A juste titre…
Mais côte à côte nous remontons la rivière à pas de loups. Quelques gobages apparaissent petit à petit en bordure. Ils sont si discrets qu’ils ne font aucun bruit. Ces truites sont si discrètes ! Un œil peu habitué, ne verrait sans doute même pas les ronds troubler le courant.
Pendant que JB attaque un premier poisson, j’observe une autre gobeuse 4 ou 5 mètres plus amont. Et je vois clairement, un sedge émergent brun se faire aspirer. J’ouvre ma boîte, gardant la forme et les proportions de l’insecte en mémoire. A peine la boîte ouverte, le choix est vite fait. La forme, la couleur, une peute semble me dire « moi, moi, moi ! ». Je la noue donc à ma pointe et attends.
JB est inhabituellement nerveux. Lui qui est toujours si calme, me dit avoir la pression. Il peine à ajuster ses lancers. Et quand enfin, il vise juste et fait monter la truite, le ferrage est imprécis et celle-ci se décroche aussitôt. Il enrage. Mais les gobages reprennent vite 1 mètre plus haut. « C’est bien ce que je pensais, dis-je, il y a bien 2 poissons. ». Il réajuste les lancers. Mais cale la truite. C’est la première fois que je vois JB si fébrile sur un coup…
Il me laisse la place et tente de reprendre ses esprits. La gobeuse que je surveillais est toujours active. Je me place et ajuste mes lancers. Je me sens bizarrement serein et confiant. J’ai bien observé le coup : la veine porteuse, le gobage… Quand ma peute tombe au bon endroit, je sens que la truite va prendre. Et je vois mon bras ferrer sereinement et précisément ce poisson. Je suis surpris par tant de tranquillité. Je gère le combat sans à-coups, sans douter. Et le poisson atteint l’épuisette. 34 cm. Ce n’est pas un monstre, mais que c’est bon de prendre une jolie zébrée en sèche ! Comme ses congénères déjà prises, elle repart à l’eau. Et nous poursuivons notre remontée.
JB est toujours nerveux. Et il se casse les dents sur un autre poisson. Je suis vraiment étonné. Qu’est-ce qu’il prend à notre JB, maître zen… ?
Un peu plus haut, sans changer de mouche, j’essaie de convaincre une autre gobeuse discrète. Là encore, tout se passe tranquillement. La peute dérive, comme prévu la truite gobe et à nouveau je suis surpris par la précision du ferrage. J’ai presque l’impression que le geste s’est fait malgré moi. La tension juste, au bon moment. Pendue à nouveau !
La truite fait une trentaine de centimètres, mais combat comme un diable. Elle fait quelques allers retours en travers de la rivière, tout en nervosité et en puissance. Je la laisse patiemment se calmer. Et je l’épuise enfin. Elle est jolie.
La sortie se termine ainsi. Quelle étrange sensation de me voir d’un coup pêcher si tranquillement, alors que lors de mes sorties précédentes j’étais une boule de nerfs. Quelle étrange sensation de me sentir si calme face à ces poissons que je crains et qui m’ont parfois rendu dingue… Quelle étrange sensation de voir JB inhabituellement fébrile ! Quelle douce sensation que celle de rentrer en pensant à ces quelques truites prises. Quel plaisir de pouvoir pêcher en sèche !
Qu’il est étrange de constater que ma pêche est indissociable de mon humeur. Et qu’il est encore plus étrange de constater que mon humeur dépend aussi beaucoup de ma pêche… Qu’y a-t-il donc de si magique dans cette pêche qu’elle soit si liée à notre vie intérieure ?
Merci à JB pour cette super sortie!!!